Du poivre à l’état pur ? Blackpepper de Comme des Garçons

Je parlais de Blanche il y a peu,  maintenant je vais vous parler de Noir. Enfin, de Poivre Noir.

J’ai reçu l’échantillon un peu par hasard, je l’ai testé un peu par hasard, je ne connaissais pas vraiment la marque. J’ai adoré.

Le départ pourrait presque faire éternuer, tant le poivre noir vous saute à la gueule à la vaporisation. Probablement accompagné d’aldéhydes et d’autres notes qui piquent, il présente une radicalité assumée, détonnante, et plutôt amusante, en fait !

Too much ce poivre ? On pourrait le croire, avec cette ouverture, mais passées les 5 premières minutes, il s’adoucit à vitesse grand V. Le piquant du poivre se révèle simplement pointu, soutenu par d’autres épices fraîches ; une note doucement florale s’intègre et se déploie au cœur de la fragrance, et des bois secs, légers, aériens, la soutiennent pour éviter de tomber complètement dans la fleur. Enfin, la douceur vient également d’une grosse boule de muscs qui enveloppe le tout.

Lien vers le mini site Comme des Garçons. (vous pouvez y demander un échantillon)

  • Marque : Comme des Garçons
  • Nez : Antoine Maisondieu
  • Date de sortie : 2016
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Archétypes

Un petit mot pour quelques excuses, d’abord, pour mes lecteurs fidèles… Les mois passent et je n’écris pas. La faute à un nouveau boutlot, très prenant et très satisfaisant intellectuellement, mais qui ne me laisse pas beaucoup de temps libre pour mes divagations et explorations parfumées. Sorry, sorry…

Mes errances aujourd’hui, comme souvent, m’attirent plus vers les jeux vidéos, ces extra-mondes si faciles à atteindre, évasions instantannées vers d’autres univers, qui paraissent quelquefois plus reposants que la vraie vie (au moins, le zombie qui t’attaque est un ennemi facile à identifier, et à terrasser… plus difficile de désactiver un cheffaillon seulement préoccupé par son avancement perso – chef, si tu me lis, je parle pas de toi :D).

Aujourd’hui ma main s’est portée vers un parfum que je ne mets plus que rarement, que j’adore pourtant, mais qui me correspond assez peu, en fait. Certains savent mon attirance / répulsion pour les fleurs blanches, ces capiteuses qui sont si femme que je ne les ose que rarement.

Le lien, me direz-vous, entre ces deux univers ?

C’est l’archétype. La personna fantasmée que j’incarne dans les jeux vidéo. Je peux y être tout ce que je ne suis pas : mate de peau, blonde, pourvue d’avantages généreux, pas frileuse… Cette personna, sans conteste, porte Mayotte, de Guerlain 🙂

 

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Blanche de Byredo, la lessive et le métro

Quel intérêt peut-on trouver à sentir la lessive ? Je posais récemment la question sur un forum qui je fréquente, parce que ça m’interloque un peu, cette recherche récurrente des notes lessivielles.

A bien y réfléchir, l’évocation de la lessive, c’est le linge propre, sensation agréable s’il en est. C’est aussi probablement lié à la maternité, à une certaine sensation de confort, un côté « doudou », pas dérangeant mais au contraire très familier, qui rassure, donc.

Sur ce, j’arrête les poncifs et je plonge le nez dans le parfum dont je veux vous parler.

Blanche de Byredo est objectivement et avant tout une odeur de lessive. Plutôt en poudre, tenace, assez monolithique, ceux qui cherchent ce genre de note seront servis. On est en plein dans les notes qu’on appelle « fonctionnelles » en parfumerie, donc plutôt des notes utilisées pour des produits parfumés comme, dans ce cas, les lessives ou les adoucissants. Ce qui crée cette sensation, ce sont les muscs blancs.

Il y a une autre note que je trouve très fonctionnelle, c’est une note florale-fruitée relativement indistincte : difficile de savoir de quelle fleur ou de quel fruit on parle, mais c’est clairement une note dans ce registre, tout en étant très générique. Pourquoi je la trouve très fonctionnelle, c’est assez simple, c’est parce qu’elle m’évoque immédiatement, à chaque fois que je sens ce parfum, une certaine odeur du métro parisien. Plus exactement, probablement, le nettoyant ménager qui devait (doit toujours ?) être utilisé dans les stations de métro.  Je ne fréquente pas le métro tous les jours, je n’ai donc pas forcément la finesse du ressenti (et des dégoûts) d’un parisien à propos du métro ; cette image olfactive est donc probablement simpliste. Néanmoins, je ne suis pas la seule à qui cette image parle, donc j’imagine que ce n’est pas complètement une berlue olfactive.

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Photo Philippe Mibault

La construction de Blanche ne se résume pas à ces deux pavés, la lessive et le métro. Il y a une vague d’aldéhydes en tête, assez piquante, un peu fer à repasser, qui continue à nous tisser l’histoire du propre selon Byredo. C’est une ouverture que je ne goûte guère, ce genre d’aldéhydes me pique le nez à coup sûr. Pour ceux qui se sentiraient attirés par ce parfum mais qui comme moi aiment assez peu les aldéhydes, il existe une huile proposée en roll-on, qui fait l’impasse sur les aldéhydes de tête et se révèle beaucoup plus florale. Sous cette forme, personnellement, je suis conquise.

Le fond resté très musqué, mais pour accentuer le côté doudou, une pointe de vanille adoucit la note florale. Il y a aussi un bois très transparent, probablement un peu d’ambroxan, qui se mêle aux muscs, et que je sens dès l’ouverture. En bref : un parfum original, qui se révèle un peu plus complexe qu’il n’en a l’air au premier abord.

  • Marque : Byredo
  • Nez : Jerôme Epinette ? (qui est crédité des parfums par la marque, mais sans certitude… Je n’ai pas trouvé d’info officielle)
  • Date de sortie : 2009
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Brasier. Le Fir Balsam.

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Pour une fois, c’est une photo, celle ci-dessus (issue du génial site Unsplash), qui a fait tilt chez moi et m’a donné envie de parler d’une matière première que j’apprécie, le fir balsam.

Le fir balsam est une matière première naturelle qui n’est pas revendiquée de manière courante dans les parfums, pour deux raisons à mon avis. D’une, le nom n’est pas clair, il ne parle pas immédiatement au commun des mortels. De deux, la distillation à sec, ou par solvant, d’aiguilles de sapin baumier – car c’est de cela qu’il s’agit – ne fait rêver personne et ne fait pas forcément très « luxe ».

Dommage. Il n’y a pas forcément besoin d’aller chercher une fleur ou un bois rare à l’autre bout du monde pour trouver une belle odeur. En l’occurrence, le fir balsam me séduit, car je lui trouve une odeur curieusement familière, mais très facettée. C’est la richesse du produit naturel.

C’est bien sûr une odeur baumée mais très résineuse. Les aiguilles de pin sont là et bien là, on ne peut pas les louper… A l’ouverture, on a un aspect camphré, presque médicamenteux, le cataplasme qu’on se met sur la poitrine pour mieux respirer ; mais cet aspect reste contrebalancé par une rondeur douce, les aiguilles ne piquent pas, bizarrement. C’est aussi une odeur de feu qui se déploie ensuite, de cramé, ce brasier qui illustre l’article. Les aiguilles du sapin se racornissent, se caramélisent et curieusement, me font un effet très maltol, barbapapa, un rien fraise, bizarrement, la fraise qui se « compote » un peu dans un dessert. Pas vraiment facile d’expliquer sans le sentir comment on passe d’une évocation d’aiguilles de pin à une évocation de fraise… Il faut passer par le côté résineux de l’aiguille de pin, qui colle aux doigts, dévier vers un aspect caramélisé, plutôt, entre le caramel et la vanille, rajouter un rien de floral qu’on retrouve dans la sève du sapin, et là vous avez dévié vers cette drôle d’odeur que j’appelle fraise… L’ambiance « sapin de Noël » qu’apporte l’odeur d’aiguille de pin n’est peut-être pas pour rien dans l’évocation de dessert sucré.

Quelques parfums remarquables où cette note me semble lisible (source : Olfathèque) : Fille en Aiguilles de Lutens, Larmes du Désert d’Atelier des Ors, dont je parlerai bientôt, Wazamba de Parfum d’Empire, Bel Ami Vétiver d’Hermès, Fou d’Absinthe de l’Artisan Parfumeur, mais aussi Rose Anonyme d’Atelier Cologne. De belles références, non ?

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Brève de voyage – Roumanie

Arrivée à l’aéroport. « L’odeur de propre varie selon les pays », nous dit la revue Nez… C’est vrai. L’odeur de propre en Roumanie, le savon pour les mains qu’on sent à l’aéroport, c’est : le malabar goût fraise. Ou poire, en fait, plutôt poire. Quand les fruits sont trop chimiques, ils sont difficiles à dissocier. Mon cerveau me dit fraise par défaut. Comme quoi, aussi le sucré se décline en parfumerie fonctionnelle *.

Il a neigé. Les odeurs sont atténuées dehors, le nez est un peu anesthésié par le froid.

Chambre d’hôtel au standard international. Le gel douche me décontenance moins, c’est un hespéridé cologne classique avec une pointe de pamplemousse. Très acceptable dans mon idée du propre, et taillé plutôt pour les messieurs qui constituent, il faut le dire, au moins 80% de la clientèle. Cependant, l’odeur de propre « pays » est là en sourdine, dans les replis du linge chaud après la douche. Revoilà mon malabar, en catimini.

Visite de l’usine. Odeurs familières pour moi, car je travaille depuis mon embauche dans la branche automobile, et les odeurs des usines de carrosserie-montage me donnent un peu l’impression d’être à la maison. Secteur tôlerie. Ca ne tourne pas plein pot car on est venus un jour férié, pour mieux voir les installations, mais l’odeur de tôle cramée, de soudure, est là. Elle imprègne les murs, c’est une ambiance. J’aime particulièrement l’odeur de la tôlerie. Je la trouve chaleureuse, parce que je l’associe à des bons moments, et à des belles personnes. Fondamentalement, je sais que j’ai un peu tort, car la tôle est un peu huilée ou revêtue, et la sublimation de ces substances en surface lors de la soudure ne donne pas forcément des vapeurs très catholiques. Mais c’est ainsi… Qui n’a jamais sniffé un pot de colle Cléopâtre ou l’encre de son stylo me jette la première pierre.

Le lendemain, autre usine, autre ambiance. Odeurs tout aussi familières de graisse et d’huile associées à la maintenance des presses, par bouffées discrètes. Les machines d’usinage ne sont pas fortement engagées, j’aime autant. Autant j’aime les odeurs de la fabrication des voitures, autant celle des centres d’usinage me déplaît . L’huile de coupe utilisée pour refroidir les machines a une odeur grasse, lourde, omniprésente, qui s’insinue partout et vous reste dans le nez.

Le soir, un resto typique. A l’entrée, avant la salle de repas, un barbecue pour cuire la viande. Cette terrasse doit être sympa l’été, avec ces odeurs-là ! Quelque soient les marinades, les odeurs de viande braisée me mettent l’eau à la bouche… Réflexe conditionné depuis l’âge de pierre ? Les saucisses qui cuisent lentement ont l’air appétissantes. Ça tombe bien, elles arrivent sur notre table et tiennent leurs promesses. Épicées douces, un peu grasses (il faut ça pour tenir le froid qui s’annonce), elles sont savoureuses.

Corvée de boisson. L’alcool local (peut-être devrais-je dire l’eau de vie, vu son degré d’alcool), c’est la palinka. Ça peut pas être mauvais, c’est que de la prune… Son odeur est peu différente des alcools forts français, passé un certain degré d’alcool, je ne sens plus que l’alcool, pour ma part. Heureusement, la rétro-olfaction révèle des notes plus clairement fruitées, douces, pas complètement désagréables. Heureusement aussi, je suis une femme. On tolère que je ne finisse pas mon petit flacon (et j’ai même le droit de l’emporter à la maison, petit souvenir négocié par mes hôtes de la soirée)

Retour à l’aéroport. Je flâne au rayon parfums des duty free, sait-on jamais, s’ils avaient le dernier Sisley. Ils ne l’ont pas. Par contre, je tombe à mon grand plaisir sur une parfumerie de niche (pour les voyageurs qui me lisent, avis de bon plan : aéroport de Bucarest, pas loin de la porte 10). Je discute avec la vendeuse qui s’y connaît. Vous saviez que Mad, de Jul et Mad, est Roumaine ? Moi non. Les prix me font un peu frétiller. Je me calme et j’en profite pour découvrir les Montale, que je ne connais pas. La vendeuse m’indique, pour Mukhalat : j’aime bien ce parfum, il me rappelle une odeur d’enfance, un chewing-gum que j’aimais étant petite. Je sniffe… mon malabar goût poire est là ! La boucle est bouclée…

* la parfumerie fonctionnelle désigne les produits qui sont parfumés mais qui ne sont pas des parfums qu’on vaporise : gels douches, savons, lessives…
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Bilan olfactif de l’année 2016

Déjà 2 mois que je n’ai pas écrit… Les jours passent vite quand on est bien occupée !

Les bilans fleurissent sur la toile à l’approche de la fin de l’année, alors comme j’ai quelques regrets de parfums non encore chroniqués, voici un petit aperçu rapide de mes tops de l’année (disons plutôt, de ce que j’ai découvert cette année, car il y a des parfums nés avant 2016).

Tiens et pour une fois je vais aussi faire quelques flops parce que bon y a pas de raison. Le premier étant les parfums méchamment copiés. Je suis pas pour cracher sur les marques donc je ne les citerai pas (ça me démange pourtant), et puis il peut y avoir des choses similaires qui ressortent par hasard, mais bon, des fois, faut pas pousser mémé dans les orties. Surtout quand une marque de niche déjà connue sort une copie d’Ambre Narguilé (bizarre c’est la meilleure vente des Hermessences) ou quand une nouvelle marque sort une copie d’Original Musk de Kieh’ls… Et pour ce dernier qu’on me maintient mordicus que j’ai pas dû le sentir sur peau (bin si) parce qu’il y a du santal dans la copie – pardon, le nouveau parfum – et pas dans l’Original, et qu’il est très différent (bin voyons)…

Le deuxième flop, qui n’est pas spécifique à 2016, c’est les parfums qui sortent par 12 (même par 6, hein LV !!). C’est pas crédible et en général c’est raté, sauf à mon avis pour l’une de ces séries, voir plus bas. De façon générale, sortir un lot de parfums en même temps me désole. Pas moyen de vraiment s’imprégner de 5 ou 6 parfums en même temps, quoiqu’un en dise et quelque soit notre endurance olfactive. Alors bon ça se fait, chez les grandes marques en particulier, surtout celles qui « reviennent » dans le monde du parfum. Mais c’est pas cool pour les gens qui aiment les belles odeurs et pas le meilleur moyen de nous les vendre.

Bref. Passons aux tops 🙂

Galop d’Hermès : je voulais en parler, parce qu’il m’a marquée, celui-là. On n’en a pas trop parlé dans la blogosphère, c’est un tort, je trouve. C’est un cuir doux, un daim très suave, associé à une rose elle aussi très douce. Si vous me suivez un peu, vous savez sûrement que je ne fais pas des folies, ni du cuir ni de la rose. Mais ce parfum-là a une odeur gentiment addictive, très reconnaissable. Il provoque chez moi le syndrôme bien connu du perfumista qui consiste à remettre le nez en permanence sur son poignet pour sentir et ré-sentir… Cuir d’Ange, de la même maison, ne m’avait pas vraiment touchée, je l’avais trouvé un peu trop doucereux ; mais il a certainement ouvert la voie olfactivement à celui-ci, plus féminin, qui est une belle réussite à mon goût.

La Lavande Trianon de Lancôme : j’en attendais rien de spécial, c’était quand même osé (quoique dans l’air du temps) de sortir des parfums inspirés par des gâteaux, mais cette lavande-là m’a plu. Elle m’a plu parce que bizarrement, à contrario de la totalité de mes compères d’escapades parfumées, je la trouve naturaliste. Les lavandes (peut-être sont-ce des lavandins, je m’en fous, j’adore leur odeur) qui poussent en gros buissons le long de mon boulot, elles sentent comme ça pour moi, une belle odeur aromatique mais aussi un peu grasse et vanillée ; c’est comme ça que j’aime la lavande et je la trouve toujours trop sèche dans les parfums. Dommage qu’elle soit si chère.

La collection Natura Fabularis de l’Artisan Parfumeur : à la rentrée, on s’est dit, encore une maison qui nous sort 6 parfums en même temps, ce qui se conclut quasiment à coup sûr par des parfums moyens, ou vus et revus, bin là non. Enfin si, on est dans des thèmes vus et revus, au moins pour certains d’entre eux. Mais même la belle rose oudée Arcana Rosa (tarte à la crème de la niche s’il en est) qui va plaire au Saoudien en visite à Paris a quelque chose de particulier et d’original. En fait, sur les 6 de la collection, seul Mirabilis détonne un peu, malgré une ouverture lactée fraiche assez étonnante, celui-là finit malheureusement assez vite en lait concentré trop sucré. Mais il y a de vrais concepts originaux comme cette odeur de froid Glacialis Terra faite d’un encens, de notes de pierre, assez fou et très joli. Et mon coup de coeur de la fin de l’année, Venenum, un oriental très épicé, il sent un peu le pain, un peu le pin, les épices chaudes, les épices froides, c’est un feu d’artifice olfactif comme je les aime.

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Photo Franx’

Dans les épicés, j’ai aussi redécouvert cette année, bien qu’ils soient nés avant 2016, London de Tom Ford, qui est assez proche de Venenum (ça m’a sauté au nez au premier sniff) mais, comme beaucoup de Tom Fords, plus radical dans son traitement ; il y a davantage de ce mélange sombre qu’on retrouve dans plusieurs de ses parfums (une « Fordinade » ?) et le parfum fait donc plus brutal, moins rond. Mais l’épice y est traitée très élégamment. Dans un registre terriblement plus sec, Marrakech Intense de la marque Aesop (qui est plutôt une marque cosmétique) m’a également fait un effet coup de coeur, ils sent les épices dans un désert, et dégage une chaleur sèche magnifique.

Et vous, vos coups de coeur ?

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Compte-rendu de la conférence Osmothèque sur le Tabac

Mardi dernier, j’ai eu le plaisir d’assister à une conférence de l’Osmothèque à propos de la note tabac. Il était co-animé par Marc-Antoine Corticchiato, parfumeur et fondateur de Parfum d’Empire et Guillaume Tesson, expert cigares et auteur du Petit Larousse des cigares.

Cette vision croisée était riche d’enseignements, puisque nous avons pu à la fois sentir des feuilles de cigares, et des matières premières de parfumerie, d’excellente qualité.

Côté cigares, nous avons appris que les assemblages de feuilles qui constituent un cigare (la liga) se font selon une démarche qui est très proche de celle de la parfumerie. Les feuilles du haut de l’arbuste Nicotiana Tabacum, qui ont vu davantage le soleil, sont plus grasses, plus épaisses et plus « chargées » en arôme, à rapprocher des notes de fond des parfums. Elles constituent le centre du cigare et elles brûlent un peu moins vite (ce qui explique qu’à moitié consumé, le bout du cigare fait un « dôme ». Ensuite, plus on va vers l’extérieur du cigare, plus les feuilles sont fines et légères, et leur arôme va de pair.

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Côté matières premières et parfums, ce sera sans un peu frustrant à lire, sans les touches à sentir, mais je vais essayer de vous décrire ce que nous avons senti.

L’absolue tabac, tout d’abord (coût : 700 euros le kilo). Le produit est une absolue, extraite aux solvants volatils, et dénicotinisée pour respecter la réglementation. Son odeur est forte, ne ressemble pas tant que ça aux feuilles de tabac séchées que nous avons pu sentir (qui avaient une odeur très animale !) ; elle est davantage herbacée (un foin coupé et un peu fermenté), piquante et montante. Ce foin se mélange à un genre de cuir, cette odeur m’évoque beaucoup la sellerie d’un club équestre.

Ensuite, nous sommes partis dans 4 directions différentes, qui caractérisent le tabac aux yeux du parfumeur.

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La dimension boisée, illustrée par un très beau patchouli brut. C’est rare de nos jours, les patchoulis bruts, parce qu’ils ont certaines facettes qui déplaisent souvent au commun des mortels (un côté moisi, cave humide, un côté médicamenteux, camphré, des relents de vieille église, bref, des trucs qui vont vieux ou qui rappellent trop les années 70 et le flower power). Du coup, la plupart des patchoulis utilisés en parfumerie sont retravaillés : on leur enlève leur couleur, déjà, et puis aussi les « aspérités » un peu vieillottes que je viens de citer pour garder le coeur de l’odeur, ce côté vert mousse qui plait et fait tenir les parfums. Là, on avait un patchouli brut et les facettes vert moisi, justement, contribuent à cet effet tabac, c’est assez racinaire, c’est très beau. Le vétiver, et le bois de gaiac qui est très fumé, peuvent également rappeler le tabac par son côté boisé.

Ensuite, il y a une dimension gourmande, illustrée par le liatrix (encore une absolue, 2500 euros le kilo !). C’est une petite plante qui pousse aux Etats-Unis, l’odeur de l’absolue est assez proche du foin, tout en tirant davantage vers le côté gourmand de la fève tonka. On est vraiment à l’équilibre entre les 2, cela permet de faire le lien olfactif entre le foin, plutôt herbacé, et la fève tonka qui sent une odeur amandée, tirant vers la vanille aussi. Egalement, certaines vanilles peuvent avoir une côté fumé et tabac, selon les provenances, et donner un aspect un peu « gras » à la fragrance.

Puis une dimension animale certaine. En parfumerie le tabac est proche du cuir (les 2 familles sont confondues, de fait). Ainsi, le Tabac Blond de Caron, créé en 1919, est le premier cuir féminin de la parfumerie. Cette dimension animale a été abondamment illustrée (ce n’est pas pour rien que le dernier Parfum d’Empire s’appelle Tabac Tabou, il est effectivement assez animal, on voit là ce qui plait au parfumeur !). Le ciste, dont je parlais dans mon article sur la Corse, est une plante, mais a un effet très fumé et surtout très animal, un côté très boucané. Egalement, un aspect un peu liqueur. La civette, vraie matière animale celle-ci (la glande odorante de l’animal du même nom), a une odeur douceâtre, pas loin du fécal ou du fromage fermier (plutôt brebis, s’il faut être précise :)).

Enfin, d’autres notes ont un « effet matière » qui rappelle le tabac. Le foin (2400 euros de kilo en absolue !), en particulier, est en fait l’odeur la plus proche des feuilles de tabac que nous avons senties (l’absolue tabac était plus gourmande et moins herbacée, en fait). L’immortelle (toujours en absolue), m’a déçue, par contre, je n’y ai pas retrouvé l’odeur un peu fanée et poussiéreuse de la fleur sentie en Corse, mais quelque chose de bien plus floral.

Et du côté des parfums, me direz-vous ? C’est vrai que les matières premières, c’est bien beau, mais il est rare de pouvoir poser son nez dessus. Ceci dit, il est encore plus rare de sentir les recompositions par l’Osmothèque du Tabac Blond de Caron et de Djedi de Guerlain, que nous avons senties mardi. Le Tabac Blond existe encore, mais sa formule a beaucoup changé ; et Djedi n’est plus au catalogue de Guerlain depuis fort longtemps. En revanche, nous avons également senti quelques parfums actuels : Fumerie Turque de Serge Lutens (pour la dimension boisée), Tobacco Vanille de Tom Ford (le côté gourmand), et Tabac Tabou version 2015 de Parfum d’Empire (pour l’aspect matière). Il reste que ce sont des parfums dits « de niche », peu distribués. En effet, les notes tabac restent assez peu répandues, « segmentantes » (entendez : on en vend peu).

Et vous, aimez-vous les notes tabac ?

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