Escapade parfumée à Paris – 2

Où je réalise que depuis le « Escapades parfumées à Paris- 1 » il s’est déjà passé 5 ans….

Vous avez sans doute constaté que mon rythme de parution s’est pour le moins ralenti ces dernières années… Autres préoccupations, changement de boulot, un ras-le bol quelquefois des sorties qui se ressemblent un peu toutes et sont de plus en plus chères, font que j’ai moins le temps d’écrire. Mais une petite escapade à Paris avec les « fous de la narine », rien de tel pour relancer l’envie !

L’autre jour, nous avons donc fait un pèlerinage chez IUNX. Sachez-le, cette maison confidentielle, qui diffuse les parfums très personnels d’Olivia Giacobetti, ferme ses portes fin juillet (a priori définitivement). Poussée par la peur de manquer, et avec un gros pincement au cœur, j’ai donc accouru pour faire des réserves de son parfum qui me manquera le plus, à savoir l’Eau Frappée. J’en ai profité pour prendre quelques bougies, sachez que quelques-unes sont déjà en rupture de stock…

Nous avons poursuivi notre balade au Bon marché pour tester quelques nouveautés (c’est relatif, je n’avais pas mis les pieds à Paris depuis environ 1 an, donc mes « nouveautés » ne sont pas si nouvelles). J’ai eu un crush pour un Chanel, c’est rare chez moi car les aldéhydes ne sont pas spécialement mes meilleurs amis. 1957, le dernier né des Exclusifs, m’a paru très beau. Une ouverture resplendissante, de très beaux agrumes (plutôt citronnés) et sans doute quelques épices froides, portées par des aldéhydes que j’ai trouvés légers. Elle m’a rappelé celle de N°5 L’Eau, mais en quelques minutes, 1957 devient plus chaleureux là où N° 5 L’Eau garde ses agrumes étincelants plus longuement, et reste plus fruité (son côté mandarine). Le côté chaleureux de 1957 s’accentue au porter, les muscs enveloppants sont là et portent la note agrumes, avec des bois assez secs. Il est très agréable par une journée chaude ! En fond, au bout de quelques heures (et quelques jours sur touche !), on finit par entendre l’ambrette qui s’était camouflée derrière d’autres notes plus bruyantes.

Nous avons ensuite testé les nouveaux Memo, parmi lesquels je ne me suis pas vraiment fait de nouveaux amis, les notes me parlant moins que sur les premiers de la gamme. Un petit tour au comptoir « liquides », sans réel coup de coeur pour moi, à part peut-être If de Frapin, un beau santal lacté (mais je crois que je préfère Caravelle Epicée chez eux, qui est aussi un santal mais, comme son nom l’indique, plus épicé !). Au passage, nous avons testé les parfums de la Maison Crivelli, juste en face, sans vraiment flasher sur l’un d’entre eux : noms un peu déjantés (« Papyrus moléculaire » !) et des mouillettes 2.0 (une image apparaît quand on vaporise le parfum sur la touche) ne suffisent pas à compenser une compo pas si originale, surtout en cœur et fond.

Direction Tom Ford, pour une fois pas de déluge de nouveautés mais un seul nouveau, le petit Rose Prick dans un bel habit rose pâle. Tom Ford nous a habitué à être original, c’est encore une fois le cas, c’est une rose qui réussit le tour de force d’être à la fois piquante, douce, légère et charnue. Le vendeur nous a dit qu’il y avait plusieurs types de roses dedans, et on retrouve bien à l’envolée (rapidement, hein) les roses légères, citronnées, épicées et un brin musquées, chères à nos amis anglais (son archétype étant pour moi Oponê de Dyptique), et en cœur le bon gros duo rose turque vineuse / patchouli qui peut vite me vriller les tempes s’il est mal travaillé. Le fait d’avoir les deux facettes dans un même parfum est plus rare, et tient à mon sens du tour de force que je me permets de saluer bien bas. L’équilibre reste tout de même très Tom Ford, à savoir, plutôt du côté de la rose vineuse / patchouli très présente…

Ensuite nous avons retrouvé une amie à la Scent Room du Printemps (Hausmann), paradis de tout passionné de parfums. Belle découverte des « Essential Parfums », assez originaux et très abordables (72 € les 100mL). Un coup de cœur pour ma part, pour le Nice Bergamote (Antoine Maisondieu) qui tire en fait rapidement par un mélange de fleurs blanches (jasmin et ylang) assez réussi. The Musc nous a bien plu aussi, un musc léger et un peu fleuri (il est signé Calice Becker). La note de gingembre en tête y est sans doute pour quelque chose 🙂

Nous avons ensuite découvert la maison « Matière Première », créée par le parfumeur Aurélien Guichard. Pas le même prix au mL (190€ les 100 !), pas d’énorme coup de cœur (bon, reconnaissons que le parfumeur est plutôt mignon😊). J’ai gardé 3 mouillettes, qui sont bien tenaces une semaine plus tard ! Parisian Musc est un musc très très figue (plutôt : feuille de figuier que fruit, d’ailleurs), ce qui est original, avec également un peu de violette en fond. Dans le registre « qui tabasse », j’ai Oranger Néroli qui est fidèle à son nom, une belle fleur d’oranger rendue amère par le néroli, mais que je ne porterais pas car trop présente (le seul parfum que j’aie senti dès la vaporisation malgré le masque COVID !). Enfin, j’ai gardé Encens Suave, qui mérite son nom au bout d’une semaine dans mon sac, un encens enrobé de fève tonka et d’un côté cramé – feu de bois (du fir basalm ?)assez prononcé. Je le soupçonne de ne pas avoir fait l’impasse sur des bois qui piquent, car ça me grattouille un peu le nez. Les trois mouillettes mélangées dans mon sac ont donné à mon masque un arôme un peu curieux, un peu fouillis, mais pas désagréable (je sais, je sais, c’est une hérésie) !

Voilà, c’est tout pour cette fois ! Je vous dis à bientôt, je vais essayer d’être un peu plus présente dans les mois à venir…

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Ma Shalimar

J’ai longtemps hésité avant d’écrire mes impressions de Shalimar. Parce que Shalimar, pour moi, c’est avant tout une personne et une personnalité. Et quelle personnalité !

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J’ai beaucoup d’affection pour ma Shalimar à moi. Quand je l’ai rencontrée, j’étais ado (tiens, c’était à peu près l’époque où je suis tombée dans les parfums). Je voulais découvrir Paris, parce que bon, j’habitais pas si loin mais j’y allais jamais, alors ma mère m’a dit : « Tiens mais il y a Tatie J. qui y habite et qui pourrait t’héberger quelques jours…« . Bon, je la connaissais pas, la tatie en question, et puis, j’étais timide à l’époque, mais pour une fois j’ai osé et j’ai pris le train pour Paris. Et j’ai découvert Shalimar.

Parce que, à l’époque, il lui donnait pas encore de boutons. Depuis, si, pourtant les réglementations sont plus sévères, allez comprendre (et apparemment, elle n’est pas la seule, Claire Chazal aurait le même problème, selon Gala ou Voici). Shalimar parfumait ma tante, imprégnait sa salle de bains et m’a marqué à vie comme son parfum. Et je l’ai associé à cette personnalité très vive, très joyeuse, qui est celle de J. Il faut dire que ces deux-là se conviennent bien.

Shalimar a un abord pimpant, gai (comme J., donc), basé sur une bergamote bien travaillée. Il y a un certain classicisme au départ, pas d’extravagance, mais une beauté juste.

C’est après, quand on arrive aux notes de cœur et de fonds, qu’on se rend compte que la tantine n’est pas si sage qu’elle en a l’air. Dans la famille – c’est une petite dernière -, J. détonne clairement. Alors que tout le monde, après avoir émigré d’Italie la génération précédente, s’est établi dans un périmètre de 30 kilomètres autour des frères et soeurs, au fin fonds de l’Ariège, elle se décide à 20 ans, diplôme de sténodactylo en poche, à monter à la capitale. Scandale familial, une célibataire -jolie fille qui plus est- à Paris !?!

Cette audace, ce courage, on le retrouve dans l’histoire de Shalimar, premier parfum à avouer une composition qui n’est pas 100% naturelle, avec notamment de l’éthylvanilline, molécule assez récente à l’époque. Molécule qui plus est, présente en surdosage, nouvelle audace du parfumeur Jacques Guerlain. C’était franchement gonflé à l’époque. Et ça a marché, on connait l’histoire des GIs qui faisaient la queue chez Guerlain pour en ramener à leur dulcinée la guerre finie…

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Flacon géant de Shalimar « les inséparables », photos perso prises à la Maison Guerlain aux Champs-Elysées

Elle me dit de temps en temps « Mais tu sais, je suis vieille maintenant », et elle me fait bien rire… Faut dire que ce petit bout de bonne femme ne s’est jamais arrêtée, en fait. Une fois à la retraite, elle a commencé à  faire une seconde carrière de bénévole, pour la Croix-Rouge.

Tatie J., comme son parfum emblématique, est toujours pour moi, qui suis encore très provinciale, l’archétype de la Parisienne. Affranchie de certaines contraintes, libre, toujours habillée et coiffée avec goût, bien dans sa peau, de bonne humeur. Et elle ne prend pas une ride.

Note. J’ai écrit ce texte du vivant de cette tatie chère à mon cœur. Elle nous a quittés l’été dernier, en catimini et bien trop vite. Elle ne voulait pas d’hommages particuliers (raison pour laquelle j’ai effacé son prénom). Je transgresse un peu en publiant ces lignes, mais elles me tiennent à cœur, et malgré son absence, ou à cause d’elle, je les trouve toujours justes. Je ne t’oublie pas <3.

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La genèse d’une marque – Pont des Arts – 4 années de préparation…

Suite et fin de l’interview de Géraldine et Bernard, centrée sur la genèse de la marque…

Q. Que s’est-il passé ces quatre dernières années, avant le lancement ?

R. Énormément de choses ! Nous avons travaillé à deux mais avec plus d’une quarantaine de personnes, citées en prénom dans le site (voir dans ce lien), titulaires de savoir-faire uniques… Dans certains cas, nous avons consulté plusieurs entreprises ou personnes avant de choisir celle avec laquelle nous souhaitions collaborer, avec cette exigence qui nous guide.

Q. Comment avez-vous fait le choix final des jus?

R. Nous avons choisi nous-mêmes, bien sûr…

Mais en échangeant et partageant beaucoup avec notre entourage : ce qu’on a fait à l’Isipca avec toi, hélas rapidement, nous l’avons reproduit avec différentes relations (amis, réseau,  …) ; on a fait sentir, on a fait s’exprimer des groupes de personnes sur leur ressenti, préférence… On a vu des tendances ressortir, des parfums choisis, des réactions unanimes, dont ces 3 premiers qui ont suscité le plus de réactions enthousiastes et complémentaires pour des typologies de gens parfois différentes (Age, milieu…) (NDLR : je me rappelle qu’en effet le prototype de « A ce soir » avait fait un tabac lors de notre séance de sniff)

On a aussi travaillé avec nos parfumeurs : on a fait travailler sur un même parfum plusieurs versions parce que le sillage nous intéressait mais était trop marqué (par exemple, on a eu 3 versions pour un Oud),  et d’autres se sont imposées directement de par leur originalité (A chaque instant par exemple), d’autres ont été retravaillés parce que trop segmentants (trop originaux). Nous souhaitons des parfums d’aujourd’hui et de demain, originaux et élégants, mais pas des parfums pour être dans la caricature de jus puissants typés « très orientaux ». Disons que nos parfums correspondent à une création vue de l’occident avec la personnalité et la signature singulière de nos parfumeurs.

Q. Et pour le choix des noms ?

R. À l’origine il y a déjà des noms de code… Ainsi, « A ce soir » avait pour nom de code « ODV28 » – ODV pour Or de Vanille (NDLR : j’adore ce nom !). D’ailleurs, Bertrand parle de « Boule d’Or » pour le définir…

Après, les noms commerciaux des parfums ont été choisis par rapport au concept du Pont des Arts : la rencontre (pont), l’échange, l’amour (pont des amours), le lien (double esperluette), Paris , intemporalité, durée des sentiments … Nous pouvons par ces trois premiers noms de  fragrance faire une phrase « on s’était dit à chaque instant à ce soir… » ! Nous passons beaucoup de temps à nous arrêter sur des mots et nous demander si tel ou tel mot peut correspondre à notre concept. Dès lors on le dépose mais parfois il est déjà déposé !

Q. Et autour des jus ? Quelles sont les choses à faire ?

R. La création, le design et la réalisation du capot nous a semblé essentiel : nous avons choisi une pièce en zamak (NDLR : c’est un alliage métallique, qui a un rendu lourd et qualitatif), de 56 grammes, et ajouté 3 déclinaisons personnalisées : or jaune mat, or rose brillant et nickel mat.
Nous avons voulu un flacon sérigraphié, réalisé par une Entreprise du Patrimoine Vivant.

plan serigraphie 50 ML

Nous avons aussi souhaité et fait développer un coffret livre, parce que chaque parfum raconte une histoire… Il est entièrement réalisé en France, c’est une volonté de notre part, beaucoup de packagings viennent de Chine maintenant…

Coffret livre

Pour le design, nous avons travaillé en partenariat avec Rozenn Mainguené qui a été formée à l’école Boulle.

Q. Parlez-nous de la commercialisation…

R. Nous avons créé et fait réaliser une malle concept : la Parfumalle, écrin de nos parfums mise à disposition dans des lieux d’exception, réalisé également par une Entreprise du Patrimoine Vivant, toute en cuir, marquetée en laiton doré, verres biseautés, connectée et digitalisée pour être à elle seule une boutique autonome.

parfumalle

Egalement, nous avons créé le site (français/anglais) qui est la carte de visite, l’ambiance et la signature de la marque, on y dévoile toutes les étapes de création au travers de photos du making of, l’image du pont des Arts, de Paris et de l’élégance qu’elle incarne, des parfums de tradition mais aussi modernes au travers de fragrances uniques et d’un design stylisé, art déco, luxueux et discret sans être ostentatoire.
Nous avons fait appel à un photographe professionnel, Olivier, pour les produits et les lieux… : flacons, coffret, parfumeurs, et Géraldine a également fait des photos, notamment celles du Paris de Pont des Arts.

Q. On a fait le tour, non ?

R. Pas du tout ! Il y a encore beaucoup de choses…

Choisir d’un conditionneur à façon dans la Cosmétic Valley de Chartres ;
Évaluer les parfums, vérifier leur conformité à la réglementation Européenne ;
Réaliser les échantillons emblèmes de la marque ;
Marketing, études, sondages, stratégies de positionnement ;
Rechercher des partenariats ciblés ;
Prospecter les distributeurs et partenaires ;
Communication : réaliser le Dossier de presse, prendre contact avec les journalistes, les bloggeurs comme toi ! D’ailleurs, A ce soir fait partie de la nouvelle box de Auparfum
S’occuper des premiers passages Presse ;
Animer les Réseaux sociaux…

L’aventure ne fait que commencer…

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La genèse d’une marque – Pont des Arts – L’interview

Voici donc aujourd’hui une interview des créateurs de Pont de Arts, Géraldine et Bernard.géraldine &amp; bernard

Q. Comment vous est venue l’idée de la marque Pont des Arts ?

R. L’intérêt commun pour les parfums de création, qui valorisent la haute parfumerie française et son lieu mythique d’excellence…Paris.
Le Pont des Arts, seule passerelle piétonne de Paris, s’est vite imposé, par sa situation, sa discrète mais puissante beauté, c’est un lieu de passage des amoureux du monde entier, reliant deux symboles de la culture de notre pays …le Louvre…et l’Académie française.
Comme la parfumerie française, le Pont des Arts avait, pour nous, besoin d’être valorisé, montré à nouveau…
Pour nous, un parfum est aussi, comme le regard, un pont entre les êtres…avec l’idée de construire entre eux plus de ponts que de murs.

Q. Parlez-moi de vos envies au commencement. Que vouliez-vous faire ?

R. D’abord porter certaines valeurs à travers cette marque: la tradition, la modernité, l’élégance, le savoir-faire, l’innovation, la connivence, le partage, l’exigence.

Nous souhaitons associer à la création d’une nouvelle ligne de parfums originaux, en édition limitée, la beauté du Paris éternel, le talent des parfumeurs « créateurs », la valorisation du savoir-faire d’artisans et d’innovateurs français, pour une clientèle exigeante, connaisseuse, partageant les valeurs d’élégance de la marque.

Et à partir de ça, construire un projet commun qui nous ressemble, atypique, autour d’une histoire commencée au quartier latin et qui nous a souvent conduit, comme beaucoup, sur le pont des arts.
Le lieu, le concept…nous obligeaient à la qualité et l’image…

Bernard :

Le jour de notre mariage, j’ai fait le vœu de nous embrasser sur tous les ponts de Paris. Né à Paris, j’ai la chance d’y vivre et d’y travailler… et je salue et apprécie au quotidien la beauté et l’éternité de cette ville, ancrée dans le passé mais aussi très actuelle, foisonnante de création. Et puis l’idée de réaliser et de partager quelque chose de plus avec Géraldine… était une puissante force motrice.

Géraldine :

Il y a beaucoup de lieux pour le parfum…le traitement des ingrédients à Grasse…les cultures dans de nombreux et merveilleux et lointains pays…mais la création et le prestige c’est Paris. J’aime cette ville où je me sens bien, où j’ai eu la chance d’y rencontrer Bernard à quelques pas du Pont des Arts. Nous avons beaucoup de goûts en commun et sommes très complémentaires…La création de cette ligne de parfums a confirmé celui que nous avons pour l’exigence et l’appropriation des savoir faire.

Q. Pourquoi avez-vous décidé de positionner vos parfums dans ce qui est clairement le haut de la gamme de niche ?

C’est clairement lié à la qualité, au prestige, nous avons choisi de travailler avec des experts dans chaque étape de la création (Entreprises du Patrimoine Vivant, Made in France…) en privilégiant la création : capot, packaging, site, déclinaison d’un style sur l’ensemble du projet…
Mais également lié au coût de nos produits : choix de parfumeurs créateurs indépendants de renom, choix de concentrés avec des matières premières de haute qualité, souvent absolus, libre cours de nos parfumeurs sans contraintes marketing… On est très loin d’un mass market, avec des concentrés standards, des capots en plastique et des grandes séries.
Au contraire, Pont des Arts se veut un choix singulier, un parti pris qui valorise l’exception et souhaite la faire partager.
Le coût de l’environnement produit est aussi un facteur : design et réalisation du capot , design et réalisation packaging Livre – coffret en France, …
Enfin, les coûts de commercialisation, en distribution sélective notamment, sont loin d’être négligeables.

Q. Racontez-nous l’histoire des jus…

R. Nous avons travaillé le ciblage et les fragrances avec des « Nez » de renom international : Bertrand Duchaufour et Vincent Grandjon, et aussi l’équipe du studio Flair. Avec eux, à partir de notre brief, nous avons créé nos propres fragrances.
Pour l’élaboration des gammes, 60 fragrances ont été travaillées, et nous en avons retenu 20. En 2018, nous commercialisons les 3 premières, de Bertrand Duchaufour et Vincent Grandjon.

essais PDA

Q. Comment avez-vous guidé les parfumeurs ?

Nous avons exprimé le concept à nos parfumeurs (Paris, l’élégance, l’amour, les sentiments durables, la qualité des matières , la tenue, l’exigence, la haute parfumerie…)

Vincent nous a proposé des jus qui se parlent entre eux. Comme un fil d’Ariane, on retrouve dans On s’était dit un pourcentage infime d’une autre composition parfumée …

Pour Bertrand, nous lui avons demandé des parfums avec une vraie signature mais nous l’avons guidé par des envies des matières premières que nous souhaitions un oud, un vétiver, une rose, un osmanthus, un boisé, une vanille, frangipanier… mais sans contrainte marketing, juste guidé par des directions de familles olfactives pour constituer une gamme cohérente.

À suivre…

 

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La genèse d’une marque – Pont des Arts – Introduction

C’est une série d’articles un peu spéciale que je commence ici. Je vous propose de découvrir avec moi la naissance de la création d’une marque de parfum très récente : Pont des Arts.

capot

La raison en est assez simple. Il y a presque 3 ans, déjà, j’ai suivi l’université d’été de l’ISIPCA (bon, ça m’a coûté des sous, mais c’était 2 semaines de pur bonheur). J’y ai croisé des gens très intéressants, des amateurs avertis, des gens qui étaient en reconversion, des pros dans des métiers proches… et Géraldine, qui avait déjà commencé sa démarche pour créer sa marque de parfums avec son mari.

Géraldine nous avait fait partager les prémices de Pont des Arts, fait sentir des essais qui avaient déjà été réalisés avec des nez (notamment, deux de ceux qui ont été retenus dans les 3 premières sorties), et montré quelques autres étapes de la création. Par exemple, l’idée de la création et du design des capots, les études industrielles qui partent du dessin en vue de la réalisation en série, le choix des flacons, de la sérigraphie, ou encore le travail fait sur les visuels : le double symbole & inversé comme logo, par exemple, était déjà décidé, ainsi que les boites en forme de livre. Il y avait aussi, préalablement, dans l’idée du concept et de sa déclinaison, le dépôt des marques, des noms de fragrances…des modèles, des dessins… Finalement, beaucoup d’étapes qu’on n’imagine pas forcément quand on achète le produit fini !

Du coup, quand Géraldine m’a proposé de raconter tout ça plus en détail sur le blog, je me suis dit que ça pourrait vous intéresser, et nous y voilà.

Il y aura 3 articles (au moins !). 2 seront consacrés à une grande interview de Géraldine et Bernard, les créateurs de la marque, à propos de la genèse du projet, de leur envie de création, et des choix qu’ils ont faits. L’autre sera davantage un jeu d’imagination autour des parfums : on a un nom, on a un jus, l’idée est d’imaginer l’histoire autour de chacun de ces parfums, les personnalités qui les portent, peut-être l’histoire d’une rencontre, comme celle de Géraldine & Bernard, sur le Pont des Arts ? ;), car la marque est dédiée aux amoureux. Je vous propose de vous joindre à nous pour cet article, si vous avez envie, vous aussi, d’imaginer cette histoire et de la partager sur ce blog, faites-moi un petit coucou en commentaire, et je tirerai au sort, dans une semaine, 3 personnes qui recevront les échantillons de la marque (et qui devront donc, en retour, m’envoyer quelques lignes à propos de ces jus, de leur émotion, de la rencontre, y compris intérieure, qu’ils évoquent pour elles).

Pour visiter le site : https://www.pontdesartsparis.fr/

La suite de l’histoire de Pont des Arts :

 

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[Souvenirs souvenirs] Jardins de Bagatelle – Guerlain

L’autre jour, je sniffais dans une parfumerie Jardins de Bagatelle, de Guerlain, et je me suis retrouvée propulsée 20 ans en arrière (allez, peut-être un chouia davantage).

Jardins de Bagatelle fait partie de mes émotions adolescentes qui ont contribué à forger mon amour des parfums. J’ai d’habitude une mémoire qui évolue entre l’huître et le poisson rouge, mais le souvenir qui se raccroche à ce parfum est étonnamment clair pour moi. Enfin, étonnamment, les spécialistes de l’olfaction ne s’en étonneraient pas tant que ça, car l’olfaction est reconnue comme un sens vecteur de mémoire.

Donc, je vous raconte, hein, je suis là pour ça. Ado, j’avais commencé à m’intéresser aux parfums, donc, et en bonne ado, j’étais un poil monomaniaque sur le sujet. J’avais écrit aux marques qui m’intéressaient pour demander des échantillons car c’était (déjà !) difficile d’en avoir dans les parfumeries (je chérissais ma première miniature, Diva de Ungaro). Guerlain fait partie des marques qui m’avaient gentiment répondu (Hermès, Lutens, avaient aussi été très généreux !). Ils m’avaient envoyé un « Panorama des parfums » avec les notes de tout ce qui était commercialisé à l’époque, et un volume d’échantillons assez princier (dont des parfums de toilette que j’ai encore à la maison…). Mon a priori sur Guerlain était donc très positif.

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« Panorama des parfums » envoyé par la marque vers 1996 – photo perso

On avait fait une journée de visite de Toulouse avec mes parents (mes grands-parents habitaient pas très loin). On est tombés, par hasard, sur la boutique Guerlain qui existait en ce temps-là à Toulouse (elle a fermé depuis !). Déjà séduite par la marque, j’ai voulu entrer. Papa a attendu dehors :), Maman et moi avons passé en revue à peu près tous les parfums vendus. Et là, la révélation. Je ne crois pas que je l’avais senti avant, j’avais pas dû ouvrir tous les tubes échantillons. J’ai tanné ma mère pour qu’elle le prenne pour elle, car je me souviens que je le trouvais trop « femme » pour moi. Mais ma maman est davantage rose que fleurs blanches, elle était pas aussi emballée que moi.

Jardins de Bagatelle est pour moi un archétype de fleurs blanches. Crémeux, lumineux, chaleureux, et avec ce petit supplément d’âme qui fait qu’on le reconnaît entre tous les autres. Un parfum de maman, suave et doux, un peu opulent quand même, bref, un parfum de femme affirmée.

jardins de bagatelle pub

Une ancienne pub – photo perso

Je l’aurais adopté malgré mon jeune âge, parce que je l’aimais d’amour (sans rire, j’avais -et j’ai encore- un petit pincement au cœur en le sentant qui tient franchement du sentiment amoureux !). Mais le drame, c’est que sur moi, il s’aigrit, la suavité devient piquante, et sa magie, sa perfection, disparaît. Je l’ai gardé dans un coin de mon cœur depuis lors, malgré tout. Le sentir me procure toujours la même émotion, un peu atténuée par le temps. Quand j’ai su que j’étais enceinte, je me suis précipitée dessus, avec cette croyance répandue que le pH de la peau se modifie en de telles circonstances et qu’il m’irait mieux. Rien à faire, même après l’accouchement.

Je vous entends déjà me dire de le porter sur les vêtements, et vous avez certainement raison, mais je suis de celles qui préfèrent porter les parfums sur la peau. La distance induite par les vêtements ne me convient pas, pour moi le parfum c’est quelque chose de charnel…

Ma quête du parfum parfait aux fleurs blanches a souvent buté sur le même obstacle, cette suavité qui laisse place à une certaine aigreur (ou devient trop doucereux et écœurant, ce qui n’est pas le cas de Jardins de Bagatelle). Et puis, soyons réalistes, aucun ne lui arrive à la cheville (amoureuse, je vous disais…). Il s’est adouci dernièrement (une reformulation peut-être ?), ou bien je deviens moins sensible à cet écart de notes sur la peau… Un jour, je l’adopterai… Peut-être…

  • Marque : Guerlain
  • Nez : Jean-Paul Guerlain – c’est un de ses derniers…
  • Date de sortie : 1983
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Le Havre

Chaque fois que je reviens au Havre, ma ville natale, ma première impression est olfactive.

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Vue du bassin du commerce, photo Franck Barre

De mémoire, cette ville a toujours eu une odeur. Elle s’est atténuée au fil du temps, en témoignent ces suivis olfactifs par l’association Air Normand (j’ai participé au dernier d’entre eux, je vous en reparlerai à l’occasion…). Mais elle reste le symbole d’une industrie présente.

Si vous voulez vous faire une idée de l’odeur habituelle de la zone portuaire, je vous propose la manip suivante :

  • Faites-moi griller un bout de pain dans votre grille-pain. Regrillez-le jusqu’à ce qu’il soit un peu noir 🙂
  • Maintenant, ouvrez une gousse d’ail, frottez-la sur votre pain carbonisé, et sniffez-moi tout ça…

(Je précise, c’est une expérience de pensée, je n’ai pas fait la manip, moi. J’imagine juste ce que ça sent)

Toujours là ? C’est bien ! Il y a là les 2 composantes essentielles de ce que les Havrais appellent « l’odeur de pollution » (j’y reviendrai). D’une, l’aspect brûlé, grillé. Si vous voulez faire savant en société, parlez de « pyrogéné » ou de « pyraziné ». De deux, l’aspect soufré qui vient de l’ail (si on se rencontre un jour, faites-moi penser à vous amener du DADS, c’est épatant ce que cette molécule sent l’ail).

Quelquefois, la tonalité change un peu, en se concentrant davantage sur l’aspect brûlé, quand les brûleries de café sont sous les vents dominants. Rares sont les gens qui détestent cette odeur, bizarrement. Moi j’adore. Ça sent le café cramé, en toute logique.

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Et puis désolée, une raffinerie de nuit, je trouve ça beau. Photo Luc Poupard

C’est l’occasion de parler un peu pollution, justement. Dans ma carrière, j’ai fait partie des « méchants pollueurs » puisque j’étais en charge de l’environnement dans l’une des entreprises qui émettait des odeurs (je vous en reparlerai). Ce qui m’a donné l’occasion de côtoyer un certain nombre d’experts en qualité de l’air. Je voudrais donc parler d’un certain nombre de croyances… :

  • C’est pas parce qu’un truc pue qu’il est forcément dangereux pour la santé. Vous n’avez aucun doute sur la dangerosité pour vos poumons du camembert que vous venez de déguster, si ?
  • Inversement, c’est pas parce qu’on ne sent rien que c’est pas dangereux. Vous savez sûrement que le gaz de ville ne sent rien en soi, mais qu’on lui ajoute une molécule fortement odorante, justement, pour prévenir du danger si il y a une fuite. En l’occurrence,  la molécule en question (tétrahydrothiophène) est méchamment soufrée, raison pour laquelle beaucoup de gens associent soufre et danger.
  • Enfin, les niveaux d’émissions des entreprises diminuent. Si, si. Vraiment. C’est énorme, pour avoir vu les chiffres. Mieux, les molécules encore émises sont bien moins nocives qu’avant. Toutes les émissions dangereuses sont sévèrement réglementées, et je sais qu’au moins sur la zone portuaire du Havre, les directeurs des raffineries ont à cœur de respecter leurs obligations à ce propos. Je les comprends : ils veulent préserver leur activité, et je trouve ça louable, car ça préserve aussi des emplois.

J’ai dérivé un peu loin des parfums, je m’en excuse…

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Du poivre à l’état pur ? Blackpepper de Comme des Garçons

Je parlais de Blanche il y a peu,  maintenant je vais vous parler de Noir. Enfin, de Poivre Noir.

J’ai reçu l’échantillon un peu par hasard, je l’ai testé un peu par hasard, je ne connaissais pas vraiment la marque. J’ai adoré.

Le départ pourrait presque faire éternuer, tant le poivre noir vous saute à la gueule à la vaporisation. Probablement accompagné d’aldéhydes et d’autres notes qui piquent, il présente une radicalité assumée, détonnante, et plutôt amusante, en fait !

Too much ce poivre ? On pourrait le croire, avec cette ouverture, mais passées les 5 premières minutes, il s’adoucit à vitesse grand V. Le piquant du poivre se révèle simplement pointu, soutenu par d’autres épices fraîches ; une note doucement florale s’intègre et se déploie au cœur de la fragrance, et des bois secs, légers, aériens, la soutiennent pour éviter de tomber complètement dans la fleur. Enfin, la douceur vient également d’une grosse boule de muscs qui enveloppe le tout.

Lien vers le mini site Comme des Garçons. (vous pouvez y demander un échantillon)

  • Marque : Comme des Garçons
  • Nez : Antoine Maisondieu
  • Date de sortie : 2016
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Archétypes

Un petit mot pour quelques excuses, d’abord, pour mes lecteurs fidèles… Les mois passent et je n’écris pas. La faute à un nouveau boutlot, très prenant et très satisfaisant intellectuellement, mais qui ne me laisse pas beaucoup de temps libre pour mes divagations et explorations parfumées. Sorry, sorry…

Mes errances aujourd’hui, comme souvent, m’attirent plus vers les jeux vidéos, ces extra-mondes si faciles à atteindre, évasions instantannées vers d’autres univers, qui paraissent quelquefois plus reposants que la vraie vie (au moins, le zombie qui t’attaque est un ennemi facile à identifier, et à terrasser… plus difficile de désactiver un cheffaillon seulement préoccupé par son avancement perso – chef, si tu me lis, je parle pas de toi :D).

Aujourd’hui ma main s’est portée vers un parfum que je ne mets plus que rarement, que j’adore pourtant, mais qui me correspond assez peu, en fait. Certains savent mon attirance / répulsion pour les fleurs blanches, ces capiteuses qui sont si femme que je ne les ose que rarement.

Le lien, me direz-vous, entre ces deux univers ?

C’est l’archétype. La personna fantasmée que j’incarne dans les jeux vidéo. Je peux y être tout ce que je ne suis pas : mate de peau, blonde, pourvue d’avantages généreux, pas frileuse… Cette personna, sans conteste, porte Mayotte, de Guerlain 🙂

 

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Blanche de Byredo, la lessive et le métro

Quel intérêt peut-on trouver à sentir la lessive ? Je posais récemment la question sur un forum qui je fréquente, parce que ça m’interloque un peu, cette recherche récurrente des notes lessivielles.

A bien y réfléchir, l’évocation de la lessive, c’est le linge propre, sensation agréable s’il en est. C’est aussi probablement lié à la maternité, à une certaine sensation de confort, un côté « doudou », pas dérangeant mais au contraire très familier, qui rassure, donc.

Sur ce, j’arrête les poncifs et je plonge le nez dans le parfum dont je veux vous parler.

Blanche de Byredo est objectivement et avant tout une odeur de lessive. Plutôt en poudre, tenace, assez monolithique, ceux qui cherchent ce genre de note seront servis. On est en plein dans les notes qu’on appelle « fonctionnelles » en parfumerie, donc plutôt des notes utilisées pour des produits parfumés comme, dans ce cas, les lessives ou les adoucissants. Ce qui crée cette sensation, ce sont les muscs blancs.

Il y a une autre note que je trouve très fonctionnelle, c’est une note florale-fruitée relativement indistincte : difficile de savoir de quelle fleur ou de quel fruit on parle, mais c’est clairement une note dans ce registre, tout en étant très générique. Pourquoi je la trouve très fonctionnelle, c’est assez simple, c’est parce qu’elle m’évoque immédiatement, à chaque fois que je sens ce parfum, une certaine odeur du métro parisien. Plus exactement, probablement, le nettoyant ménager qui devait (doit toujours ?) être utilisé dans les stations de métro.  Je ne fréquente pas le métro tous les jours, je n’ai donc pas forcément la finesse du ressenti (et des dégoûts) d’un parisien à propos du métro ; cette image olfactive est donc probablement simpliste. Néanmoins, je ne suis pas la seule à qui cette image parle, donc j’imagine que ce n’est pas complètement une berlue olfactive.

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Photo Philippe Mibault

La construction de Blanche ne se résume pas à ces deux pavés, la lessive et le métro. Il y a une vague d’aldéhydes en tête, assez piquante, un peu fer à repasser, qui continue à nous tisser l’histoire du propre selon Byredo. C’est une ouverture que je ne goûte guère, ce genre d’aldéhydes me pique le nez à coup sûr. Pour ceux qui se sentiraient attirés par ce parfum mais qui comme moi aiment assez peu les aldéhydes, il existe une huile proposée en roll-on, qui fait l’impasse sur les aldéhydes de tête et se révèle beaucoup plus florale. Sous cette forme, personnellement, je suis conquise.

Le fond resté très musqué, mais pour accentuer le côté doudou, une pointe de vanille adoucit la note florale. Il y a aussi un bois très transparent, probablement un peu d’ambroxan, qui se mêle aux muscs, et que je sens dès l’ouverture. En bref : un parfum original, qui se révèle un peu plus complexe qu’il n’en a l’air au premier abord.

  • Marque : Byredo
  • Nez : Jerôme Epinette ? (qui est crédité des parfums par la marque, mais sans certitude… Je n’ai pas trouvé d’info officielle)
  • Date de sortie : 2009
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