Blanche de Byredo, la lessive et le métro

Quel intérêt peut-on trouver à sentir la lessive ? Je posais récemment la question sur un forum qui je fréquente, parce que ça m’interloque un peu, cette recherche récurrente des notes lessivielles.

A bien y réfléchir, l’évocation de la lessive, c’est le linge propre, sensation agréable s’il en est. C’est aussi probablement lié à la maternité, à une certaine sensation de confort, un côté « doudou », pas dérangeant mais au contraire très familier, qui rassure, donc.

Sur ce, j’arrête les poncifs et je plonge le nez dans le parfum dont je veux vous parler.

Blanche de Byredo est objectivement et avant tout une odeur de lessive. Plutôt en poudre, tenace, assez monolithique, ceux qui cherchent ce genre de note seront servis. On est en plein dans les notes qu’on appelle « fonctionnelles » en parfumerie, donc plutôt des notes utilisées pour des produits parfumés comme, dans ce cas, les lessives ou les adoucissants. Ce qui crée cette sensation, ce sont les muscs blancs.

Il y a une autre note que je trouve très fonctionnelle, c’est une note florale-fruitée relativement indistincte : difficile de savoir de quelle fleur ou de quel fruit on parle, mais c’est clairement une note dans ce registre, tout en étant très générique. Pourquoi je la trouve très fonctionnelle, c’est assez simple, c’est parce qu’elle m’évoque immédiatement, à chaque fois que je sens ce parfum, une certaine odeur du métro parisien. Plus exactement, probablement, le nettoyant ménager qui devait (doit toujours ?) être utilisé dans les stations de métro.  Je ne fréquente pas le métro tous les jours, je n’ai donc pas forcément la finesse du ressenti (et des dégoûts) d’un parisien à propos du métro ; cette image olfactive est donc probablement simpliste. Néanmoins, je ne suis pas la seule à qui cette image parle, donc j’imagine que ce n’est pas complètement une berlue olfactive.

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Photo Philippe Mibault

La construction de Blanche ne se résume pas à ces deux pavés, la lessive et le métro. Il y a une vague d’aldéhydes en tête, assez piquante, un peu fer à repasser, qui continue à nous tisser l’histoire du propre selon Byredo. C’est une ouverture que je ne goûte guère, ce genre d’aldéhydes me pique le nez à coup sûr. Pour ceux qui se sentiraient attirés par ce parfum mais qui comme moi aiment assez peu les aldéhydes, il existe une huile proposée en roll-on, qui fait l’impasse sur les aldéhydes de tête et se révèle beaucoup plus florale. Sous cette forme, personnellement, je suis conquise.

Le fond resté très musqué, mais pour accentuer le côté doudou, une pointe de vanille adoucit la note florale. Il y a aussi un bois très transparent, probablement un peu d’ambroxan, qui se mêle aux muscs, et que je sens dès l’ouverture. En bref : un parfum original, qui se révèle un peu plus complexe qu’il n’en a l’air au premier abord.

  • Marque : Byredo
  • Nez : Jerôme Epinette ? (qui est crédité des parfums par la marque, mais sans certitude… Je n’ai pas trouvé d’info officielle)
  • Date de sortie : 2009
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A propos Carole

Blogueuse Olfaction(s)
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Un commentaire pour Blanche de Byredo, la lessive et le métro

  1. Hermeline dit :

    Bonjour Carole,

    Ce que vous soulevez est intéressant mais très lié à des perceptions culturelles (comme il en va souvent de l’olfaction). Pour ma part, je prendrais la question à l’envers puisque de prime abord les aldéhydes -et encore il faudrait définir desquels il s’agit et mes trop pauvres connaissances en chimie limitent mon vocabulaire dans le cas présent- ne renvoient pas à l’image de la lessive mais à celle du froid, du très grand froid sec et coupant, avec un air pur et un arrière fond de conifères. J’ai été frappé de lire dans un extrait des mémoires d’Ernest Baux cette référence à la froideur d’un pays nordique lors de l’élaboration de Chanel no5, cela rejoignait mes impressions. Il y a aussi à la base de l’utilisation des aldéhydes la recherche d’une certaine abstraction, volonté de faire un parfum moderne, ce que nous perdons de vue puisque nous associons ces notes à une époque plus ancienne (donc à un nez contemporain ce qui était avant-gardiste devient rétro). Nos référence à la lessive, en fait aux produits utilisés, me semblent provenir des compagnies qui ont utilisé les aldéhydes pour parfumer les savons. Pour avoir senti des « savons de pays » et autres détergents faits avec des composantes plus anciennes, on est loin de l’odeur associé habituellement à la lessive. Je suis très loin de Blanche de Byredo, mais je crois qu’il serait intéressant de voir si de manière générale ce type de parfums est connoté de la même manière selon les lieux, les produits les plus couramment employés et les références culturelles. Pour terminer, si je ne porte pas Blanche, j’aime bien les floraux aldéhydés (surtout les anciens) et ce n’est pas dans une recherche d’odeurs lessivielles, ni en lien avec la maternité ou le coté « doudou ». Pour le métro parisien, à mon prochain voyage je vais porter davantage attention, la dernière fois j’ai surtout remarqué les odeurs nauséabondes (c’était une période chaude et humide de juin).
    Merci pour ce billet
    Hermeline

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