Brève de voyage – Roumanie

Arrivée à l’aéroport. « L’odeur de propre varie selon les pays », nous dit la revue Nez… C’est vrai. L’odeur de propre en Roumanie, le savon pour les mains qu’on sent à l’aéroport, c’est : le malabar goût fraise. Ou poire, en fait, plutôt poire. Quand les fruits sont trop chimiques, ils sont difficiles à dissocier. Mon cerveau me dit fraise par défaut. Comme quoi, aussi le sucré se décline en parfumerie fonctionnelle *.

Il a neigé. Les odeurs sont atténuées dehors, le nez est un peu anesthésié par le froid.

Chambre d’hôtel au standard international. Le gel douche me décontenance moins, c’est un hespéridé cologne classique avec une pointe de pamplemousse. Très acceptable dans mon idée du propre, et taillé plutôt pour les messieurs qui constituent, il faut le dire, au moins 80% de la clientèle. Cependant, l’odeur de propre « pays » est là en sourdine, dans les replis du linge chaud après la douche. Revoilà mon malabar, en catimini.

Visite de l’usine. Odeurs familières pour moi, car je travaille depuis mon embauche dans la branche automobile, et les odeurs des usines de carrosserie-montage me donnent un peu l’impression d’être à la maison. Secteur tôlerie. Ca ne tourne pas plein pot car on est venus un jour férié, pour mieux voir les installations, mais l’odeur de tôle cramée, de soudure, est là. Elle imprègne les murs, c’est une ambiance. J’aime particulièrement l’odeur de la tôlerie. Je la trouve chaleureuse, parce que je l’associe à des bons moments, et à des belles personnes. Fondamentalement, je sais que j’ai un peu tort, car la tôle est un peu huilée ou revêtue, et la sublimation de ces substances en surface lors de la soudure ne donne pas forcément des vapeurs très catholiques. Mais c’est ainsi… Qui n’a jamais sniffé un pot de colle Cléopâtre ou l’encre de son stylo me jette la première pierre.

Le lendemain, autre usine, autre ambiance. Odeurs tout aussi familières de graisse et d’huile associées à la maintenance des presses, par bouffées discrètes. Les machines d’usinage ne sont pas fortement engagées, j’aime autant. Autant j’aime les odeurs de la fabrication des voitures, autant celle des centres d’usinage me déplaît . L’huile de coupe utilisée pour refroidir les machines a une odeur grasse, lourde, omniprésente, qui s’insinue partout et vous reste dans le nez.

Le soir, un resto typique. A l’entrée, avant la salle de repas, un barbecue pour cuire la viande. Cette terrasse doit être sympa l’été, avec ces odeurs-là ! Quelque soient les marinades, les odeurs de viande braisée me mettent l’eau à la bouche… Réflexe conditionné depuis l’âge de pierre ? Les saucisses qui cuisent lentement ont l’air appétissantes. Ça tombe bien, elles arrivent sur notre table et tiennent leurs promesses. Épicées douces, un peu grasses (il faut ça pour tenir le froid qui s’annonce), elles sont savoureuses.

Corvée de boisson. L’alcool local (peut-être devrais-je dire l’eau de vie, vu son degré d’alcool), c’est la palinka. Ça peut pas être mauvais, c’est que de la prune… Son odeur est peu différente des alcools forts français, passé un certain degré d’alcool, je ne sens plus que l’alcool, pour ma part. Heureusement, la rétro-olfaction révèle des notes plus clairement fruitées, douces, pas complètement désagréables. Heureusement aussi, je suis une femme. On tolère que je ne finisse pas mon petit flacon (et j’ai même le droit de l’emporter à la maison, petit souvenir négocié par mes hôtes de la soirée)

Retour à l’aéroport. Je flâne au rayon parfums des duty free, sait-on jamais, s’ils avaient le dernier Sisley. Ils ne l’ont pas. Par contre, je tombe à mon grand plaisir sur une parfumerie de niche (pour les voyageurs qui me lisent, avis de bon plan : aéroport de Bucarest, pas loin de la porte 10). Je discute avec la vendeuse qui s’y connaît. Vous saviez que Mad, de Jul et Mad, est Roumaine ? Moi non. Les prix me font un peu frétiller. Je me calme et j’en profite pour découvrir les Montale, que je ne connais pas. La vendeuse m’indique, pour Mukhalat : j’aime bien ce parfum, il me rappelle une odeur d’enfance, un chewing-gum que j’aimais étant petite. Je sniffe… mon malabar goût poire est là ! La boucle est bouclée…

* la parfumerie fonctionnelle désigne les produits qui sont parfumés mais qui ne sont pas des parfums qu’on vaporise : gels douches, savons, lessives…
Publicités

A propos Carole

Blogueuse Olfaction(s)
Cet article a été publié dans Madeleines de Proust, Odeurs "freaks", Parfums de voyage. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s