Amber Absolute – Quintessence de l’ambre ?

Ce ne sont pas les superlatifs qui manquent sur le web pour qualifier la création de Tom Ford, disparue mais ressortie très récemment, probablement de façon limitée, dans quelques points de ventes. Je vous parlerai ici de la nouvelle version, qui, selon mes sources, ne diffère pas franchement de l’ancienne, car je ne connais que celle-là.

Quintessence de l’ambre, ambre ultime, chef-d’oeuvre, bref, « Ambre absolu », voilà en quels termes j’en avais entendu parler. Preuve s’il en est que le nom d’un parfum a une portée énorme dans les esprits, du moins s’il est cohérent avec son propos parfumé.

Au premier essai sur poignet, forcément, j’ai été déçue. Je l’ai trouvé linéaire, un peu médicinal, pas très rond, pas très chaud, bref, pas l’idée que je me faisais de l’ambre ultime…

Mon erreur, je crois, était de chercher la sensualité propre à ce que je qualifie d’ambre. Hors, l’ambre, qu’est-ce ? En fait, c’est deux choses différentes, en parfumerie, qui ont le même nom mais pas vraiment la même odeur.

Le mot « Ambre », en base, vient de l’ambre gris.

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Celle-ci est une substance émise par le cachalot quand il mange des calamars géants, son estomac est blessé par le bec desdits calamars, et en réaction émet cette substance qui est ensuite vomie par le cachalot. Pas très ragoûtant me direz-vous, et inutile en soi, car l’ambre gris à peine sorti du cachalot n’a aucune valeur olfactive : c’est en effet le temps qu’il passe en mer, à se charger de sels et d’odeurs marines, qui lui donne tout son potentiel – on parle de 10 ans minimum… Si vous avez l’occasion de sentir de l’ambre gris pur, je vous conseille de sauter dessus, c’est une odeur magnifique mais difficile à définir, car très facettée. Il y a un fonds animal, musqué assez doux, il y a un côté salin, il y a beaucoup de rondeur, de douceur, de chaleur et de minéralité dans cette odeur. L’Eau des merveilles, d’Hermès, illustre assez bien l’ambre gris, bien qu’elle force le côté musqué et qu’elle l’entoure de notes fusantes en tête pour le « refroidir » un peu. Il me faut ajouter que c’est une matière première ancienne, déjà présente dans les pommanders au Moyen-âge…

Mais il y a un autre « Ambre » en parfumerie, qui est l’ambre oriental.

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Pas (toujours) d’ambre gris là-dedans, mais un mélange qui varie beaucoup selon les sources, à deux invariants près : le ciste labdanum, et la vanille. En gros, l’ambre oriental, c’est la base des parfums orientaux, ce qui leur confère ce fameux côté chaud et sensuel. Et dans sa fabrication, c’est un amalgame solide, et probablement de couleur ambrée, ce qui explique le nom. On y mêle toutes sortes de baumes, benjoin, myrrhe, labdanum donc, quelquefois des muscs. Et c’est une préparation qu’on trouvait (qu’on trouve toujours) au Moyen-Orient.

Quid d’Amber Absolute par rapport à ces deux définitions de l’Ambre ? Je le situerais plutôt du côté de l’ambre oriental, malgré un côté salin certain, à mettre plutôt du côté de l’ambre gris. Il faut cependant y mettre un bémol de taille, et je pense que c’est ce qui m’a déconcertée au premier abord : c’est un ambre oriental, mais pas du tout, du tout, sucré. Hors nous sommes habitués à attendre d’un oriental qu’il soit sucré. La classification de la Société Française des Parfumeurs intègre d’ailleurs les gourmands dans la famille orientale. De plus, la vanille (ou la vanilline) et le benjoin, souvent présents en quantité dans les ambrés, connotent aussi ces parfums vers un côté sucré.

Mais comme je vous le disais, les invariants de l’ambre, ce sont le ciste labdanum et la vanille. Le ciste n’est pas du tout sucré, et il est présent à très forte dose dans Amber Absolute ; quand à la vanille, selon les provenances, elle peut présenter un côté plus épicé que sucré, ce qui est le cas dans ce parfum. Amber Absolute peut donc être considéré comme un retour aux sources de l’ambre oriental, dans sa quintessence, dépouillé de ses facettes plus « faciles » que sont les aspects sucrés.

Mon avis initial, mitigé, a changé quand je l’ai porté « grandeur nature », à savoir, un pshitt (ou 2) au creux du décolleté. Pas besoin de plus, à ce niveau il envahit déjà beaucoup l’espace, quand sur poignet il était tout juste perceptible.

J’y sens énormément de ciste. De même que pour l’ambre gris, si vous avez l’occasion d’y poser le nez, faites-le, c’est une matière première très intéressante. Moins facetté que l’ambre gris, plus « in your face », le ciste labdanum est classé dans les baumes (c’est la résine d’un arbre, comme le benjoin, la myrrhe et l’encens), qui ont une odeur douce, charnelle et très rémanente. Pour la petite histoire, il était récolté au 17e siècle dans les îles méditerranéennes en peignant les barbichettes des chèvres qui se rassasiaient de la plante. Le ciste n’est clairement pas le plus doux des baumes, avec une odeur assez médicamenteuse, camphrée, qui monte tout de suite au nez, et reste présente par la suite, bien qu’elle s’adoucisse. Dans Amber Absolute, ce côté médicinal est dopé à mon nez par du cèdre (pas mentionné dans la pyramide, c’est une supposition de ma part), qui partage le côté montant, qui prend le nez, avec une connotation plutôt « mine de crayon ».  Ces deux matières intimement mêlées, denses, prenantes, forment pour moi la colonne vertébrale du parfum, ce qui fait sa présence. C’est un parti pris que je trouve radical pour un ambre qui se veut « absolu », mais cette radicalité m’enchante. Et lui donne également une certaine masculinité.

Et c’est tout. Enfin, presque, mais on ne tient pas un propos de matière « absolue » sans la mettre en avant, ce que fait très bien ce parfum (le « Patchouli Absolute », de la même marque, a le même caractère, bien trempé et bien centré autour de la matière première). De petites touches sont perceptibles, la vanille épicée, un patchouli un peu rude aussi, de l’encens qui « fume » l’ensemble, contribuent à la construction de ce qui est tout de même un parfum à part entière.

Ambre ultime ? J’ai du mal à le considérer comme tel, pour les raisons que j’évoquais plus haut.

Chef-d’oeuvre ? Par sa tenue exemplaire, par son propos très radical, on s’en approche, tout de même…

  • Marque : Tom Ford Private Blend
  • Nez : Christophe Laudamiel
  • Date de sortie : 2007 (original), 2015 (ressortie)

Quelques lectures

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A propos Carole

Blogueuse Olfaction(s)
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4 commentaires pour Amber Absolute – Quintessence de l’ambre ?

  1. Isabelle dit :

    Ravie de te relire, Carole !
    Et surtout à propos de ce parfum, dont je possède un flacon de l’ancienne version, mais pour avoir senti la nouvelle en boutique je n’ai pas noté de grosse différence (je n’ai pas fait le test « en direct », ceci dit)
    Quintessence d’ambre ? Plus ou moins, pour moi c’est plutôt une quintessence de labdanum (et surtout depuis que j’ai senti l’absolu, qui circule dans une certaine boite .. 😉
    Il échappe à tout ce qui me déplait chez certains ambrés orientaux : le coté trop chargé en vanille, trop gourmand, trop « je cherche à séduire ». Ici, l’ambre se fait sec et puissant, assez radical en effet.
    Tu y sens des traces de cèdre, perso j’y décèle un peu d’encens, ce qui renforce le coté « sec » de l’ensemble et lui donne une belle profondeur.

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    • Carole dit :

      Mais tu as certainement davantage raison que moi, puisqu’en effet on entend parler de l’encens à chaque fois, et pas du cèdre. Je suis peut-être hyper sensible à l’aspect « mine de crayon » 😉 . Pour l’encens, une fois que je l’ai lu, je l’ai trouvé en effet, mais il est suffisamment fondu pour ne pas m’avoir sauté au nez au premier snif.

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  2. Laure B. dit :

    Je ne connais pas Amber Absolute. Tu le décris vraiment très bien Carole et cela me donne une idée de la fragrance.
    Belle année parfumée 🙂

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