Lecture : Journal d’un parfumeur

J’ai emmené beaucoup de lectures et peu de parfums en vacances.

Le Journal d’un parfumeur, suivi d’un abrégé d’odeurs, est de celles-ci.

A propos de l’abrégé d’odeurs, j’ai compris d’où sortait un petit tableau fourni dans notre cours de matières premières, à la summer school, qui m’avait bien intéressée. Il vient, en grande partie, de là. Ce petit tableau vise à figurer en 3, 4 ou 5 molécules de synthèse, et en s’appuyant sur une commune qui s’appelle la fructone, quelques fruits. Pour être plus précise, on va à la quitessence du fruit, c’est-à-dire que quelquefois on va être plus près de l’arôme du yaourt (désolée M. Ellena !) que du fruit. Mais l’objet est bien celui-ci, non de figurer tout le fruit, toutes ses facettes (300 molécules odorantes dans une pomme, rappelez-vous), mais sa forme olfactive générale, bref, le reconnaitre. Et c’est là qu’on s’incline, parce que c’est bluffant. On reconnait clairement la fraise dans la formule fructone + éthylmaltol ; la pomme (verte) dans fructone + acétate de benzyle + cis-3-hexenol… C’est ludique, c’est génial !

Et finalement on retrouve dans l’épure extrême de cet « abrégé d’odeurs », ce qui fait aussi le style de ses parfums, ce que moi je comparais dans mon post sur l’Heure Bleue de différence entre la peinture « classique » et la BD moderne, et que JC. Ellena, qui a plus de culture artistique que moi, compare, lui, à l’estampe japonaise, où le trait esquissé laisse surtout apercevoir les vides qui sont tout autant pleins de sens que le trait…

Le Journal d’un parfumeur, lui, est ce qu’il prétend être : un an dans la vie de JC. Ellena, entre 2009 et 2010, à suivre ses cheminements sur différents parfums, ses déplacements en Italie et au Japon, ses réactions face à ce qu’il s’est passé dans sa vie sur cette période.

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Deux passages m’ont particulièrement marquée, et je voudrais les partager.

La première, c’est qu’il aura exercé un « métier » similaire toute sa vie, même si au début il a un peu touché à tout. Ceci me semblait un écueil plus qu’un atout quand, jeune fille, je cherchais ma voie, et quel métier je voudrais faire plus tard ; si j’ai finalement choisi le métier d’ingénieur que je pratique encore aujourd’hui, c’est parce qu’il me semblait aussi être le moyen de « changer de fonctions » plusieurs fois dans sa vie ; et de fait, en 11 ans d’expérience professionnelle, j’ai déjà exercé 4 fonctions très différentes. Mais la vision d’Ellena du « métier » de parfumeur, par opposition justement à la « fonction » en fait quelque chose d’intéressant à mes yeux aujourd’hui. Voici ce qu’il en dit :

« En tant que parfumeur, je n’occupe pas une fonction, mais j’exerce un métier, fait de connaissances et de savoir-faire, d’habileté, de maîtrise. Cela n’est pas suffisant pour autant : pour continuer à exister, à exercer, je dois inventer en permanence ce métier et non pas répéter de quelconques recettes.

A la différence d’une fonction, quantifiable, le métier invente en permanence son champ d’action, repousse toujours plus loin les limites de ses compétences. Inventer, c’est se renouveler, c’est grandir. »

Voici un objet digne d’intérêt à mes yeux et, lui, capable d’occuper une vie professionnelle entière sans s’ennuyer. On ne doit jamais arrêter de vouloir apprendre.

Je retiens aussi une autre réflexion, qui m’a en quelque sorte sauté au nez lors de mes sessions d’apprentissage intenses concernant l’odorat, que ce soit la récente summer school ou le plus ancien champ des odeurs. Cette réflexion est la suivante : que plus on commence à tremper sérieusement dans ce monde, moins on donne une dimension « affective » aux odeurs qu’on perçoit. Le « j’aime / j’aime pas » du début finit par faire place à un « quelle odeur intéressante ! »

JC Ellena en dit ceci, ce qui n’est pas tout à fait la même chose :

« Non, je ne sens pas comme vous. Avec le temps, je me suis construit, pour les parfums et uniquement pour eux, une nez analytique, méthodique et distant, et, si ma curiosité est toujours exigeante et vive, j’ai perdu depuis longtemps mon engouement face à la découverte d’une nouveauté. J’envie l’émotion qu’un amateur ressent et exprime quand il sent pour la première fois un parfum ; ce sont des mots d’amour que j’aimerais retrouver. »

Référence : JC. Ellena, (2011), Journal d’un parfumeur, suivi d’un abrégé d’odeurs, Sabine Wespieser Editeur, Paris.

A noter : un avis surle livre sur auparfum, ici

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