Passer un niveau – Le Nez Bavard et réflexion sur les muscs

Je ne sais pas si ça vous arrive aussi, mais quand on commence à s’intéresser à quelque chose de façon autodidacte, il arrive de temps en temps d’avoir la sensation de « passer un niveau » au sens geek du terme : se sentir soudainement plus compétent dans un domaine donné… C’est ce qui m’est arrivé quelques jours après la conférence de Juliette du blog Poivre Bleu, qui anime des scéances de Nez Bavard fort intéressantes.

Le dernier en date portait sur les muscs, je n’ai pas été déçue du voyage. Outre les 29 touches à sentir (plus une poche du bestiau qui le produit, le porte-musc), le discours était fort bien documenté et construit.

Comme beaucoup de gens en fait, j’ai réalisé que je suis anosmique à certains muscs, c’est-à-dire que je ne les sens que très peu à pas du tout (quand d’autres les trouvent très forts). Pour ma part, l’anosmie se concentre sur les muscs nitrés, les anciens, ceux qui n’existent plus dans les parfums pour la plupart, car interdits par la réglementation. Ce qui est amusant, c’est que d’autres participants, qui sentent très bien ces muscs-là, étaient anosmiques à certains muscs dits « blancs », ceux qui sont présents dans la plupart des lessives… Et que moi je sens plutôt bien.

Le fait de sentir des matières premières avant les parfums qui en contiennent, aide à focaliser l’attention sur les muscs en question, et à les dissocier du reste du parfum, en quelque sorte. Ainsi, j’ai « bloqué » pendant la conférence, sur Mûre & Musc (L’Artisan Parfumeur), que je pensais connaitre. Avoir senti le musc juste avant l’a fait disparaitre de mon champ olfactif et a révélé le reste du parfum, qui est effectivement une cologne chyprée et fruitée somme toute relativement classique. Mais le musc qui l’entoure change non pas son odeur à proprement parler, mais la texture de l’odeur, sa perception : au lieu d’une « eau » vaporisée sur le corps, on a quelque chose qui ressemble plus à un cocon qui l’entoure sans presque le toucher. C’est ce qui fait la modernité du parfum, je crois.

Par analogie, j’ai vu l’Eté en Douce, porté le lendemain, sous un autre angle : il m’a paru être finalement un « Tilleul & Musc », tant la ressemblance de conception entre les deux parfums est frappante. L’objet n’est pas le même : « mûre » ou plutôt eau chyprée légèrement sucrée, dans un cas, odeur assez réaliste de tilleul, dans l’autre. Tous deux sont des parfums très doux, de peau, et qui sembleraient s’évanouir sitôt pulvérisés tant l’odeur est subtile. Subtile mais magnifiée, enveloppée, et finalement rehaussée sans être vraiment amplifiée ni devenir écoeurante, par la magie des muscs. Dans les deux cas, également, l’odeur des muscs eux-mêmes est très peu perceptible ; ils sont vraiment fondus dans les parfums et on sent donc leur effet plus qu’on ne sent leur odeur.

Un autre point intéressant sur les muscs m’a sauté au nez quelques jours plus tard, quand j’ai tenté une combinaison improbable entre deux poudrés… L’Heure Bleue, pas du tout musqué à mon nez, et la toute nouvelle Infusion d’Amande de Prada, qui l’est sacrément ! Une envie de tenter d’ajouter cette note d’amande que j’avais perçue seule comme très légère, à la beauté de l’Heure Bleue (et c’était l’extrait pour le coup) : j’ai présumé que l’Infusion serait à peine perceptible face au mastodonte Heure Bleue. Etonnament, il n’en est rien.

Encore un coup des muscs ! Si l’Heure Bleue projette efficacement un bon sillage, la timide Infusion se révèle au détour d’un mouvement, subtilement toujours, mais toute la journée. L’Heure Bleue évolue et se poudre, l’Infusion reste fidèle à elle-même, fugace mais présente. A la fin de la journée, il y a une différence de perception intéressante : les restes d’odeur de l’Heure Bleue se retrouvent en collant le nez à la peau, alors que l’Infusion volète à quelques dizaines de centimètres comme une écharpe un jour de vent, présente  comme une aura autour de soi, un peu comme les étincelles de cette photo…

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A propos Carole

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4 commentaires pour Passer un niveau – Le Nez Bavard et réflexion sur les muscs

  1. Isabelle dit :

    Les muscs et moi, c’est une histoire à épisodes. D’abord, parce que j’ai mis un moment avant de découvrir que quand on dit « musc », on peut aussi bien évoquer une odeur de propre comme juste après la lessive, qu’une odeur de cul de bouc – et cette confusion des termes m’a toujours laissée très perplexe. Comme tu l’as déjà dit dans un autre article, on se met alors à classer les muscs en « blancs » et en « animal », histoire de savoir de quoi on parle, mais c’est insuffisant, alors on invente les muscs jaunes, bleus, verts ou roses …
    Pour revenir sur ces fameux muscs blancs/lessiviels/propres, j’ai longtemps cru y être anosmique, mais en fait non, finalement. Il faut se concentrer un peu sur ses sensations, ça m’a demandé un peu de persévérence, mais je suis maintenant capable de percevoir non pas leur odeur, mais leur présence. Quand ils sont là sur ma peau, ça ne sent pas « moi », c’est plutôt comme une absence de mon odeur, en fait je les ressens souvent plus comme une impression en creux que comme une vraie odeur (j’espère que je suis claire …). Et alors qu’il y a encore quelques années j’écartais certains parfums avec un « pas de tenue » péremptoire, je me surprends à ressentir la présence de ces muscs longtemps après avoir testé le parfum.
    Tout ça pour dire que ces histoires d’anosmie, c’est peut-être plus au niveau mental qu’au niveau physiologique que ça se joue, et que l’odorat, c’est comme beaucoup de choses, ça s’entraîne (et nous avons un entrainement intensif, s’pas ?)

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    • Aaricia dit :

      Tu as raison, il y a 2 types d’anosmies, l’une est liée aux capteurs du nez (physiologique) et on ne peut rien y faire, mais le plus souvent c’est que l’odeur ne rappelle rien de connu, et donc, ne s’imprime pas dans la mémoire.

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